Essai Nissan Leaf : électrisante, mais limitée
Plutôt bien dessinée, bien équipée et très agréable à conduire avec ses accélération linéaires, son couple immédiatement disponible et son silence de fonctionnement, la Nissan Leaf à motorisation électrique a tout sur le papier pour faire de l'ombre à une compacte "normale". Reste à lui trouver un public capable de débourser plus de 30 000 euros pour une autonomie aussi limitée.

Modèle essayé : Nissan Leaf 2012
Prix : 35 990 € / CO2 : 0 g./km (bonus écologique 5 000 €)
Vue par certains comme une solution d'avenir pour rendre l'automobile plus propre, la voiture électrique est désormais une réalité. Pas seulement dans un système d'autopartage comme Autolib', mais chez certaines marques comme Renault et Nissan. Le premier commercialise déjà la Fluence Z.E. et s'apprête à dévoiler à l'occasion du salon de Genève sa Zoé, une citadine entièrement conçue en tant que véhicule électrique. Le second propose depuis septembre dernier dans certaines de ses concessions (bientôt dans toutes) sa Leaf, que nous avons pu tester en région parisienne.

Un style très étudié
La Leaf est une compacte 5 portes et 5 places qui mesure 4,45 mètres de long. Elle est plus longue qu'une Renault Mégane III (4,29 mètres), qu'une Citroën C4 (4,33 mètres) ou qu'une Peugeot 308 (4,28 mètres) et se rapproche plus, dans les faits, d'une Toyota Prius (4,46 mètres). Son style un peu particulier, très fluide, vient du fait qu'elle a été conçue et dessinée comme une voiture à part, destinée à recevoir uniquement une motorisation électrique. Il n'existera jamais de Nissan Leaf à moteur thermique.
Certains éléments, comme le bossage des phares, ont donc été pensés pour faciliter l'écoulement des flux d'air. Afin d'améliorer le coefficient de pénétration dans l'air (Cx de 0,29), mais également de limiter les bruits de roulement, qui ne sont pas couverts par le bruit du moteur. Une voiture électrique est en effet totalement silencieuse !

Outre ce style un peu futuriste, pas grand chose ne distingue la Leaf d'une compacte "normale", à moteur thermique : 4 roues, 5 portes, 2 rétroviseurs, un hayon, un capot... Impossible de deviner qu'elle cache une technologie moteur différente. Seuls les plus attentifs remarqueront l'absence de trappe à carburant, remplacée au niveau du capot par une trappe de recharge cachée sous le logo Nissan.
A noter une particularité intéressante : quand on soulève le capot, on croirait voir devant soi un moteur thermique normal, avec sa batterie 12 volts. Le moteur de la Leaf a en effet été "dessiné" de façon à ressembler à un moteur thermique, pour ne pas trop dépayser les utilisateurs.

A l'intérieur, tout est pratiquement normal également. Cinq adultes peuvent prendre part à bord sans trop avoir à se serrer les coudes et les genoux mais la capacité du coffre est amputée par la présence derrière les dossiers de la banquette du convertisseur électrique assurant le lien entre les batteries lithium-ion (situées sous le plancher de l'auto) et le moteur. Du coup, il ne mesure que 330 litres, ce qui est un peu juste pour la catégorie. A noter que la banquette peut tout de même se rabattre en 60-40 pour augmenter la capacité de chargement.
Intérieur futuriste, branché et... plastique
Le poste de conduite est un peu futuriste, avec un tableau de bord entièrement numérique, divisé en deux parties comme sur la Honda Civic. Les principales informations données sont bien entendu la vitesse, l'autonomie restante (exprimées en kilomètres) et le niveau de consommation électrique instantané. Celle-ci peut d'ailleurs s'inverser pour vous indiquer, en phase de freinage ou de décélération que vous rechargez un peu les batteries grâce à la récupération de l'énergie cinétique. Un petit bémol cependant sur la finition : toute la planche de bord est en plastique dur. On a peur que tout ça vieillisse rapidement, et mal.

Pas de clé de contact (on démarre de façon moderne en poussant un bouton) et pas de vrai levier de vitesse puisqu'il n'y a pas de boîte de vitesse dans un tel véhicule électrique. A la place, on trouve un petit joystick rond qui permet de passer du point mort en marche avant (modes Drive et Eco) ou en marche arrière. L'écran tactile du système multimédia abrite un système GPS évolué capable de vous indiquer sur la carte le champ d'action de l'auto en fonction de l'autonomie restante ou de vous conduire à une borne de recharge la plus proche.

Ecoconduite obligatoire
Car la principale contrainte, quand on roule en voiture électrique, ça reste l'autonomie. Pas question de s'avaler 800 kilomètres d'un coup, il faudra recharger entretemps. L'autonomie de base de la Leaf est de 175 kilomètres, ce qui fait déjà un joli rayon d'action pour des trajets quotidiens et "normés". Mais attention car cette autonomie descend vite si on ne se force pas à adopter des réflexes d'écoconduite et si, par exemple, on ne fait que de l'autoroute. Elle peut alors se limiter à 76 kilomètres seulement.

La vérité, en usage mixte, se situe entre les deux et avec une conduite sage (pas d'accélération inutiles, anticipation avant les feux rouges, etc.) on peut compter sur 120 à 150 kilomètres environ. Attention tout de même à certains éléments qui peuvent fausser le calcul. Mettez la climatisation en marche par exemple, et vous perdez illico 20 à 30 kilomètres d'autonomie. C'est bon à savoir l'été. En sens inverse, quitter le mode Drive pour le mode Eco vous fait gagner environ 10 kilomètres via une modification de la réponse de l'accélérateur (les accélérations sont moins franches) et une optimisation de la récupération d'énergie.
Pour la recharge, plusieurs solutions sont proposées. C'est d'ailleurs pour ça que la trappe de recharge contient deux prises électriques différentes. Tout d'abord, chez vous, dans votre garage, directement sur une prise 220 volts / 16 ampères type "cuisinière" avec le câble fourni par Nissan : comptez entre 10 et 12 heures pour faire le plein.
Ensuite via la mini station Home Box (500 euros environ) qui optimise la qualité du courant reçu : la durée descend à 8 heures. Enfin depuis une station de recharge comme Nissan compte en installer plusieurs centaines sur le bord des routes à l'horizon 2015 : 1/2h suffit pour recharger les batteries à 80%.
Très agréable à conduire
Et à part ça, la conduite en Nissan Leaf ? Un vrai bonheur puisque le couple de 280 Nm associé aux 109 chevaux du moteur électrique est disponible immédiatement. La vitesse maximale est peut-être limitée à 145 km/h, mais on y arrive bien plus rapidement qu'avec n'importe quelle autre compacte "normale". On a donc droit à des accélérations de dragster très pratiques pour démarrer au feu rouge, doubler ou s'insérer dans la bonne file. On s'habitue vite à cette particularité et au silence de fonctionnement pour oublier qu'on conduit une électrique.
Il faut dire qu'au niveau du comportement, la Leaf réagit tout à fait normalement, que ce soit en terme de direction, de tenue de route, de suspensions, etc. C'est un peu ferme (on n'est pas dans une Citroën) mais cela reste confortable. Dans la même veine, les sièges sont un peu durs, mais après tout, c'est déjà pas mal d'en être arrivé là à partir de... bouteilles plastiques recyclées.

L'équipement de son côté est assez complet avec un frein de parking automatique, un régulateur-limiteur de vitesse, l'allumage automatique des feux et des essuie-glaces, la caméra de recul, la téléphonie Bluetooth, les connexions USB et Aux pour la musique, la climatisation automatique, l'accès et démarrage sans clé ou bien encore les quatre vitres électriques. Au chapitre des options, on ne compte que la peinture métallisée à 500 euros, le petit panneau solaire pour alimenter la climatisation et les vitres à 300 euros et le volant et les sièges chauffants.
Autonomie pas en rapport avec le prix
Reste à savoir à qui se destine cette compacte un peu particulière, tout de même commercialisée 35 990 euros mais qui a heureusement droit à un bonus écologique de 5 000 euros.
Pour les familles ? Le coffre est un peu juste et l'autonomie trop limitée empêche le moindre trajet d'envergure tant que des infrastructures de recharges ne sont pas disposées le long des routes. Elle ne convient plutôt dans ce cas qu'en deuxième voiture, celle qui permet à madame d'aller travailler chaque jour ou à monsieur d'aller chercher les enfants à l'école et à faire les courses en passant. Dommage car son coût d'usage, estimé à environ 2 euros le "plein" et allégé des frais d'entretiens tels que ceux de la vidange, en fait une alternative économique à n'importe quel autre modèle. A condition d'oublier les 30 990 euros déboursés à l'achat tout de même.

Mêmes constatations pour un jeune couple, une personne célibataire ou des retraités, qu'ils habitent en ville ou à la campagne. Même si 85% des trajets sont couverts par l'autonomie, se pose toujours la question du moindre trajet qui dépasse les 200 kilomètres. On ne va tout de même pas faire une étape à Chartres pour aller de Paris au Mans !
Les entreprises peuvent également en profiter, par exemple en voiture de service, d'autant que la Leaf est exemptée de TVS. Et que si la carrosserie et les éléments classiques sont garantis 3 ans, tous les éléments électriques (moteur, batteries, etc.) sont garantis 5 ans. Au final, pas de souci à signaler pour la Leaf en elle même : c'est une bonne voiture, agréable à conduire et bien équipée. Mais tant que les économies d'échelle sur la production de batteries ne permettront pas d'abaisser son prix et que la question des infrastructures de recharge ne sera pas résolue, elle tardera à percer sur le marché. Rendez-vous dans 5 ans avec la Leaf II pour voir si tout cela a évolué...
On aime
Le design original et passe-partout à la fois
Les accélérations
La conduite très "normale" pour le reste
Le coût d'usage
L'équipement complet
Les différents modes de recharge
Le silence de fonctionnement
On aime moins
L'autonomie limitée
Le prix d'achat
Le confort un peu ferme
La taille du coffre
La finition plastique de la planche de bord

